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A PROPOS DE L'ARTICLE 80 DU CODE PÉNAL SÉNÉGALAIS.

Posté par: Massamba ndiaye | Vendredi 28 octobre, 2016 14:10  | Consulté 4462 fois  |  0 Réactions  |   

A propos de l’article 80 du Code Pénal  sénégalais.

 

« Une liberté qui ne s'emploie qu’à nier la  liberté( celle d’autrui ou du citoyen, c’est moi qui souligne) doit être niée ». Simone de Beauvoir  

 

L’article 80 du Code Pénal pose un réel problème de justice et de démocratie dans l’arsenal juridique du Sénégal. Depuis l'indépendance du pays, tous les régimes qui se sont succédés  au pouvoir l’utilisent de manière récurrente en vue de bâillonner la liberté de tout citoyen récalcitrant aux desiderata des autorités publiques. Cet article qui est un fourre tout demeure un danger majeur pour n’importe quel opposant sénégalais. Le constituant a voulu préserver  la personne du chef de l’État , en lui conférant l'incarnation vivante du symbole de l'institution présidentielle. Ce faisant, le législateur a voulu que le président de la République soit reconnu ad vitam aeternam comme le père de la nation afin que son honneur et sa dignité prévalent sur l’ensemble de la société.

Au moment des indépendances africaines, cette situation pouvait avoir son utilité afin d’asseoir l'autorité du chef du nouveau État. Longtemps sous le joug de la puissance coloniale française, les sénégalais dans leur ensemble étaient maintenus dans la sujétion et n’avaient rien à dire sur la vie socio-économique du pays . Le Sénégal devenu une nation indépendante et libre à la suite du processus de décolonisation , les autorités politiques ont voulu maintenir le peuple dans cette situation de dépendance ombilicale afin de mieux l’asservir. En sacralisant le chef de l’État, il devient impossible de le critiquer ouvertement voire même de dire son opinion sur les questions d'actualité sans que le parquet ne vous cloue au pilori au motif fallacieux d’offense et irrévérence à son égard. C’est une situation dangereuse pour l'avenir de la démocratie sénégalaise.

Les citoyens de n'importe quelle nation veulent et ressentent la nécessité de pouvoir se prononcer en toute liberté sur les questions majeures socio-économiques de leur pays. La liberté reste et demeure capitale pour tout être humain. Vouloir la contrôler  voire la réduire en miettes constitue une tentation pour les autorités politiques. Vu le degré d’implication  et de connaissance des masses dans les questions sociétales, il devient impératif que le pouvoir revoie le code pénal et supprime  ce pernicieux article 80 afin de permettre ou de favoriser un bon équilibre dans le jeu démocratique. Évoquer le motif d’offense à toute critique virulente à l'action politique du président de la République constitue une entrave grave à la liberté d'expression du citoyen. Dire une vérité même crue au chef de l’État en quoi constitue t’elle une insulte, un outrage ? Les autorités publiques doivent apprendre à accepter les critiques à partir du moment où les citoyens décident librement de leur confier leur destin. C’est pour cela que les juges doivent prendre leur responsabilités et refuser de suivre le réquisitoire des magistrats du parquet pour condamner n’importe quel citoyen ou opposant politique pour délit d’opinion.

Il est malheureux aujourd’hui  au Sénégal que l’on en arrive à  des situations où les citoyens n'osent plus ou rarement dire de manière franche leurs opinions sur la bonne marche du pays sans ressentir la crainte de poursuites judiciaires ou être l'objet d’insultes. Les sbires du président de la République montent directement au créneau pour déverser des insanités à l'endroit de toute personne qui oserait critiquer le chef ou sa politique désastreuse à l’équilibre du pays. La question qui me taraude l’esprit et qui mérite d’être  posée à l’ensemble de la population sénégalaise est la suivante : où doit on situer l'offense de la part du citoyen pour avoir dénoncé avec vigueur voire virulence le comportement ou l'action politique du chef de l’État ou de la part de ce dernier qui ne cesse de poser des actes qui militent dans le sens du nivellement de nos valeurs culturelles voire cultuelles ? C’est un débat qui mérite d’être posé afin que la liberté d’expression soit préservée pour asseoir une réelle politique de respect des libertés publiques.

Tous les citoyens sénégalais de bonne foi doivent pouvoir répondre objectivement à la question de savoir si le président de la République mérite le respect qui sied à sa fonction à partir du moment où il engage la nation entière pour rendre hommage à Charlie Hebdo, auteur de blasphème à l’égard de millions de croyants musulmans ? La participation du président Macky Sall  à Paris pour rendre hommage au peuple « frère » de la France n’est elle pas une insulte à nos valeurs et croyances ?

Le fait de prendre le parti de manière éhontée d’une communauté ethnique ou confrérique au détriment des autres composantes de la société ne constitue t’il pas une offense et une menace insidieuses à l’équilibre de la nation ? Offenser le peuple à longueur de journée  est de permettre aux collaborateurs du président de la République d’insulter publiquement des citoyens sénégalais en toute impunité. Offenser le peuple est également la propension des autorités à faire le lit de la mauvaise gouvernance de nos ressources publiques et de s’enquiquiner avec des délinquants économiques. Offenser la nation est également le fait de la part du chef de l’État de préserver les intérêts des puissances occidentales au détriment de la prospérité du Sénégal. Offenser le peuple est aussi  le fait de la part du chef d’alimenter ses discours de menace ou teintés de langage chiffonnier.

Un président de la République doit être à la hauteur de la fonction. Il doit être magnanime à l’égard de ses concitoyens et accepter les critiques sans bomber le torse pour faire peur ou instrumentaliser la justice et les forces de l'ordre dans le dessein de terroriser la population. Le Sénégal, une démocratie majeure comme le proclament les obligés du président de la République ne doit plus poursuivre en justice les citoyens pour offense au chef de l’État. Les politiciens qui défendent encore l'application de l'article 80 du Code Pénal , veulent simplement participer au festin et sauvegarder leurs intérêts du moment. Ils seront les premiers à dénoncer cette loi scélérate une fois dans l’opposition, loin du palais doré qui autrefois hantait leurs nuits. Durant la présidence de maître Abdoulaye Wade , les autorités actuelles, chantres d’un État policier sous les velours d’un prétendu État de droit défiaient la République et s’en prenaient de manière abjecte et nauséabonde à ce dernier. Maître Abdoulaye Wade avait les moyens d’utiliser la puissance publique pour les emprisonner et briser leurs carrières politiques. Malgré ses égarements dans la gestion des affaires publiques qui lui ont fait perdre le pouvoir en 2012, maître Abdoulaye Wade est de loin plus démocrate et plus respectueux de l’exercice des libertés publiques que nos actuels gouvernants.

Nous avons l’obligation morale et républicaine de respecter profondément le président de la République. Toutefois,  j'admets qu’il est difficile d’exiger du peuple le respect dû au chef de l’État à partir du moment où ce dernier revient sans cesse et sans honte sur ses engagements et ment délibérément à la nation sénégalaise. Un président qui trahit son serment et qui reste faible devant les agissements suspects de sa famille politique contre les intérêts du Sénégal mérite t’il la révérence du pays ? Dites nous messieurs les affidés du président Macky Sall , peut- on parler d’offense en l'occurrence?

 

massambandiaye2012@gmail.com

 

 

 

 

 

 L'auteur  massamba ndiaye
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