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A PROPOS DE L'ARISTOCRATIE MARABOUTIQUE DU SÉNÉGAL.

Posté par: Massamba ndiaye | Vendredi 11 novembre, 2016 15:11  | Consulté 345 fois  |  0 Réactions  |   

A propos de l’aristocratie maraboutique du Sénégal.

 

« L’aristocratie a trois âges successifs : l'âge des supériorités, l'âge des privilèges et l'âge des vanités. Sortie du premier, elle dégénère dans le second et s'éteint dans le dernier ». Chateaubriand

 

Les guides religieux sénégalais ont largement contribué à l'émergence d’une société croyante ancrée sur des valeurs du terroir. Face à la domination coloniale française, ils ont réussi à asseoir une norme sociale et culturelle afin d'éduquer et d’orienter les masses paysannes vers la voie de la dignité humaine. Nos illustres prédécesseurs ont tenté de faire face à l'oppression des colons et de refuser à être sous le joug des royautés du Sénégal. Ils ont voulu trouver une troisième voie pouvant permettre aux masses paysannes de s'émanciper et de trouver une quiétude en suivant les recommandations du Seigneur de l'univers. Certains d’entre eux ont créé des cités religieuses dans lesquelles les disciples étudient les sciences islamiques et mettent en place une culture vivrière pour couvrir les besoins réels de la nouvelle communauté.

Les colons n’ont pas tardé de disloquer ces nouvelles communautés afin de renforcer leur pouvoir et d'éviter toute tentative de rébellion. A titre d’exemple, la France a mis en exécution ses menaces en exilant le guide spirituel Cheikh Ahmadou Bamba au Gabon, en Mauritanie. Dès son retour sur les terres sénégalaises après une longue période de privation et de sévices, les autorités coloniales l’ont mis en résidence surveillée au cœur du Baol, à Diourbel. Durant toute son existence, le Cheikh a voulu montrer la voie à suivre à ses disciples de respecter scrupuleusement les recommandations de Dieu, de vivifier les hadiths du prophète Mohamed ( PSL ) et de ne reconnaître que l'autorité de Dieu. Le Cheikh avait pour objectif de libérer les masses paysannes des contraintes sociales et coloniales qui pesaient sur leurs épaules et de promouvoir la dignité intrinsèque de l’homme noir afin de se concentrer à l’adoration de Dieu. Les conditions historiques ont fait de sorte que des ordres maraboutiques ont vu le jour après la mort des guides religieux sénégalais. Leurs descendants directs ont voulu perpétuer la voie spirituelle balisée par eux.

Les confréries religieuses telles qu’elles existent aujourd’hui sont le résultat de contingences « heureuses » qui ont permis à l'édification socio-culturelle du Sénégal. Nos illustres aïeuls n’ont jamais voulu mettre en place un système de domination et de sujétion des disciples. Toutefois, il faut reconnaître que la stratification sociale dans la société thiedo d'alors faisait prévaloir une hiérarchisation des classes ou castes au sein de la culture wolof. Ils ont su modeler l’enseignement islamique en le formatant pour l'essentiel sur nos valeurs traditionnelles de Soutoura , Kersa et de Diom. Ces valeurs étaient suffisamment ancrées dans nos réalités sociales. Le guide tel que préconisé par nos illustres chefs religieux avait juste pour vocation de conduire les masses paysannes à une meilleure compréhension de la pratique cultuelle et d’annihiler les effets pervers d’un système de castes qui réduisait les individus en sujets d’un homme ou d’un groupe. Il n’était nullement dans leurs intentions d'exploiter et d’asservir leurs semblables et frères en religion. La mort de nos guides religieux a servi de tremplin pour leurs descendants de créer les conditions idoines de la mise en ordre d’un nouveau système de stratification sociale. Les confréries maraboutiques qui ont vu le jour après les guides spirituels à l’image de Serigne Touba , El hadji Malick Sy, Baye Niass ont remplacé l'éthique thiedo et sa royauté dans les contrées du peuple Ouolof. Les disciples de ces confréries maraboutiques voient en l'autorité du Khalife l'empreinte de la sagesse et la renommée du fondateur.

Après l'indépendance du Sénégal, le pouvoir des marabouts sur les disciples devient plus visible et occupe une place privilégiée dans la République. Toute nouvelle orientation sociale requiert l'assentiment des khalifes généraux. Les autorités politiques ont su asseoir leur main mise sur le Sénégal en nouant des liens privilégiés avec les guides des confréries maraboutiques. C’est à partir de ce moment fatidique que nous assistons à l’émergence d'une nouvelle classe sociale : les marabouts et sa prépondérance dans nos consciences collectives. Je m’appuierai pour le cas de notre étude sur la confrérie mouride que je crois connaître le mieux puisque j’en suis membre. Le legs religieux des fondateurs des confréries religieuses s’est transformé pour l’essentiel en groupement visant à préserver des intérêts et privilèges. Le guide suprême de la confrérie maraboutique tente vaille que vaille de sauvegarder et de promouvoir l’enseignement islamique du fondateur aux disciples.

Toutefois, le système pyramidal des confréries maraboutiques est parfois paralysé par les multiples familles qui se réclament du fondateur. Ces dernières utilisent parfois à dessein leur position au sein de la grande famille du fondateur afin d’asseoir une hiérarchie parallèle pour contrôler voire utiliser leurs disciples comme fonds de commerce vis-à-vis des autorités de la République. Chaque famille religieuse du fondateur de la confrérie maraboutique reconnaît la prééminence du Khalife général sur l’ensemble de la communauté. Toutefois, force est de reconnaître que certains sont tentés aujourd’hui de s’appuyer sur l'aura du fondateur afin de mystifier les talibés pour assouvir leurs désirs mondains. Cette nouvelle classe de marabouts qui ne s'occupent que rarement des questions religieuses et qui sont de connivence avec nos politiciens professionnels sur le dos du contribuable afin de mieux l’exploiter, sont un danger réel pour la survie des confréries. Beaucoup de citoyens sénégalais les regardent d’un air de faïence et prennent leur distance parfois avec raison. La plupart de leurs agissements est en déphasage avec l'enseignement du fondateur de la confrérie qu’ils ne cessent d’utiliser à tous propos dans le but de mieux contrôler les masses paysannes, qui ont une foi et une espérance immenses au guide spirituel.

Les masses oublient souvent ou feignent d’ignorer que la sainteté ne se transmet pas de facto comme les gènes entre humains. C’est une grâce divine et un couronnement dans la dévotion religieuse. Une bonne partie de la famille de Cheikhoul Khadim suit la voie tracée par lui et ne cesse pas d’en appeler au respect des principes sacro -saints de l’Islam. Certains membres des familles maraboutiques sont de plus en plus conduits à utiliser la renommée du chef de la confrérie pour se faire une place au soleil en créant des mouvements de petits fils du fondateur comme c’est le cas dans la confrérie mouride. C’est une structure inédite dans la confrérie mouride. Ces petits fils tentent d'élever la voix pour défendre le legs du fondateur du mouridisme. C’est une petite entité qui désire voire prétend à tout le moins occuper une place vacante et veut servir d’interlocuteur valable et légitime pour honorer la mémoire de Cheikhoul khadim dans la conscience collective des sénégalais. Je ne leur dénie pas ce droit. Toutefois, ils doivent utiliser ce créneau pour vulgariser (entendons nous bien non pas au sens de réduire sa portée ou simplifier au minimum) l’enseignement de Serigne Touba en toute objectivité et crainte de Dieu aux populations non instruites. Cette congrégation de petits fils doit également veiller à dénoncer et à rectifier les usages en porte à faux avec l’enseignement de Cheikhoul Khadim et non se contenter à la défense de chapelles offensées comme dans le cas de Moustapha Cissé Lo.

Nous assistons également à des commémorations religieuses sans fin tout au long de l'année. Ces occasions constituent un moyen de mieux mystifier les masses sur la grandeur d’un ancien khalife ou d’un membre influent de la communauté et de récolter des subventions des autorités sur le dos des pauvres. La télévision publique du Sénégal ( RTS) nous a habitué à regarder ce rituel voire ce monologue où l'on voit se défiler les différents représentants des familles maraboutiques toutes obédiences confondues pour « vendre » une cérémonie religieuse sous le haut patronat des autorités de la République et des hommes d'affaires. Les talibés ne doivent pas servir de levier pour s’enrichir. Ces petits fils pour l’essentiel auront le privilège de conduire les destinées du mouridisme. Ils doivent montrer la voie à suivre aux disciples de Cheikhoul Khadim et non les asservir comme le font Bethio Thioune et Serigne Modou kara. Ils ne doivent jamais oublier que la révérence que leur vouent les talibés, c’est en grande partie à leur estime incommensurable  de Serigne Touba et après seulement à leurs qualités morales intrinsèques.

La défense du legs de Cheikhoul Khadim passe nécessairement par une meilleure lecture de son enseignement basé sur le respect scrupuleux du Saint Coran et des hadiths du prophète Mohamed ( PSL ). Toute autre compréhension visant à déformer et à travestir l’enseignement de Serigne Touba doit être dénoncée et sanctionnée. Cheikh Ahmadou Bamba a toujours refusé de reconnaître et de s’assujettir sur une quelconque autorité terrestre. Il nous enseigné que le rôle véritable du chef spirituel n’est pas de courir derrière les honneurs et privilèges ou d’être le vassal d’une autorité terrestre, mais de conduire les disciples avec abnégation et humilité dans la droiture et le dévouement vers le Seigneur. Cette humilité dans l’effort et la pratique religieuse manquent beaucoup à certains d’entre nous qui se glorifient et se réclament d’être parmi ses fidèles talibés. Il existe une minorité agissante d'individus à l'instar de Bethio Thioune et de Serigne Modou kara entre autres au sein du mouridisme qui utilise les talibés pour obtenir des privilèges indus. Le véritable guide religieux doit se contenter du peu et vivre comme un ascète. Il ne doit pas être obnubilé par le pouvoir, la renommée et les richesses. Il doit seulement se concentrer à un effort d'éducation, d'orientation sur le sens véritable de la vie terrestre, d'émancipation et de libération des masses contre toute velléité d’aliénation C’est à ce niveau que l’enseignement de Serigne Touba prend toute son ampleur et sa vérité.

 

massambandiaye2012@gmail.com

 

 

 

 

 

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